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***Interrogation écrite.
***La craie blanche sur le tableau le rappellerait aux étourdis qui pourraient l'oublier, si seulement leur regard se posait sur elle. Ce n'est pas le cas du tien.
***Alors que les feuilles de tes camarades s'agitent dans tous les sens et se remplissent de formules et de lois, petit à petit, les tiennes restent immobiles, presque vierges, parce que tes yeux ne parviennent pas à se détacher d'autres feuilles qui s'afollent... celles des arbres au dehors, vibrant au rythme du vent.
***Des devoirs comme celui d'aujourd'hui, tu en as l'habitude. C'est quand chacune des cervelles de tous ces élèves autour de toi sont bourrées de physique et de chimie, tandis que le tien se dévoue à l'Imagination, se faisant l'esclave de sa plume, grattant une vieille feuille de papier froissé avec une étrange frénésie, la saturant rapidement de mots plus ou moins en rapport les uns aux autres, au fil de leur apparition floue dans ton esprit.
***Parfois la toux de quelque étudiant ne s'étant pas assez couvert pour affronter l'automne te sort de ta transe, accordant sans s'en douter un instant de repos à ton poignet, qui, sans que tu ne t'en aperçoives, était devenu douloureux. Ton regard alors se lève et tu réalises qu'incontestablement, comme tu t'en doutais bien, tous les autres élèves travaillent.
***Par hasard, tes yeux vagabonds, à demi voilés, croisent le regard intrigué de ta prof, qui ne saisit bien sûr pas l'intérêt de tous ces hiéroglyphes quasis incompréhensibles sur ton brouillon, et qui s'interroge encore beaucoup plus sur la raison pour laquelle la feuille dédiée à ton devoir est restée presque vierge.
***Elle réfléchi sûrement encore à cette énigme que tu représentes, mais dans ta tête, voilà bien longtemps que la prof n'existe plus : tu l'as déjà oubliée. La conscience ne dure qu'un temps, le répit est toujours de courte durée et très vite ce monde, que tu t'es bâti en réponse au leur, avait repris ses droits sur ton cerveau, qui, comme à chaque fois, s'est assujetti, sans opposer de résistance. Tu te laisses t'enfermer dans cette invisible bulle d'isolement qui te fais te sentir bien plus libre que si tu avais à affronter ta vie. Etre le serviteur de l'Imagination te plaît, tu dirais même que cela t'empli de fierté, et donne un sens à ton existence.
***Croire encore que cet autre monde est vrai.
***Au dehors, les feuilles n'ont pas cesser de s'agiter. De tous les mouvements que ton oeil perçoit aux alentours, le seul qui attire si fortement ton regard, qui le capte et le retient, c'est celui de ces arbres que le vent se plaît à charrier. Tu croirais presque sentir toi aussi son souffle mélodieux contre ta joue, dans tes cheveux. A cet instant, rien d'autre n'est réel pour toi que la plume et l'encre, que le vent et la liberté. Liberté, ce mot te fait vibrer. C'est une richesse extraordinaire dont tu évalues bien l'importance, et, même si tu apprécies souvent te plaindre, tu sais que tu as bien plus de libertés que beaucoup d'autres. La plupart des barrières, tu te les as posées toi-même. Comme par exemple celle de ne pas faire de ce texte une banale révolte d'adolescente qui aime se rebeller contre la société, parce qu'elle l'effraye ou l'ennuie. Même si, au fond, tu sais que toi aussi, tu es un peu cette adolescente.
***Le plus frustrant pour toi reste néanmoins l'idée que, pour te sortir de ce monde, te donner les moyens d'en échapper afin de concrétiser le tien, tu dois jouer le jeu de la vie à fond, avec tout ce que cela implique : le vicieux bien sûr, mais aussi parfois les vertus de la société, si étrange que puisse être la tienne, la "société occidentale", comme les autres aiment l'appeler. Et là se trouve peut-être une échappatoire : le seul moyen d'en sortir serai d'y entrer...
***Mes camarades ne sont plus penchés sur leur table, plus concentrés que jamais, stressant de peur de n'avoir le temps de finir, et derrière cette autre fenêtre les arbres ont disparus. Ma prof ne patrouille plus aux travers de la salle pour empêcher la triche, mais dépose sur les paillasses de TP, devant chaque élève, le fruit de son travail.
***Deux sur vingt.
***Voilà donc ce que valait mon devoir. Mais moi, l'unique chose qui m'importe, c'est que mon texte vaille plus.
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Dans mon canap' j'rêve un hommage posthume,
Où des stars défileraient pour moi dans un noir costume.
Hocus Pocus, Mr Tout le monde.
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