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***La gare était presque déserte. Une vieille dame assise sur un banc attendait le TER de 17h14 pour Paris. Un couple d'amoureux s'embrassait langoureusement, et, non loin, deux balayeurs discutaient tout en débarrassant la gare des mégots et rares papiers qui couraient le long des quais. Un groupe de pigeon, qui picorait les miettes de sandwich ou de chips laissés par les précédents voyageurs, s'envola lorsque le train entra en gare.
***La vieille dame suivit des yeux l'envol des oiseaux, et son regard se posa sur le soleil, encore haut en cette chaude après-midi d'été. Elle rassembla ses forces pour se lever, péniblement, fatiguée par sa longue et parfois si pénible vie. Elle se souvenait de cette après-midi, sous ce même soleil étouffant de fin d'été, dans cette même gare, lorsque, engagée dans la résistance, elle avait tenté de faire dérailler un train. Cette époque est maintenant bien lointaine, mais de temps en temps, les vieilles plaies, bien que cicatrisées, font mal. C'était ce jour là que son jeune époux était mort, n'ayant pas vidé les lieux avant l'explosion de la bombe artisanale. Elle monta dans le train juste derrière le jeune couple, qui ravivait d'autant plus ses anciennes souffrances, et alla s'asseoir à la place qu'elle avait réservée.
***Le jeune homme, vêtu élégamment, avait déposé les bagages de sa chère et tendre à l'endroit prévu à cet effet. Il saisit la main de celle qu'il considérait comme la femme de sa vie et fixa ces petits doigts fragiles, comme essayant de les photographier. Puis il releva la tête. Elle plongea son regard dans le sien, mais elle paraissait distante, comme si elle préférait ne pas accepter son départ. Les adieux sur un quai de gare sont toujours difficiles, et le jeune homme en avait conscience, mais elle devait retourner voir ses parents à Paris, elle pourra revenir quand elle aura sa majorité. Ses parents ne pourront plus s'opposer à leur union. Il la serra contre lui, essayant de lui faire comprendre avec le langage du corps ce que les mots ne savent exprimer. Une larme perla au coin de son ½il alors qu'il lui murmura doucement qu'il l'aimait.
***Deux rangées derrière, un homme encore dans la force de l'âge lisait son journal au travers de lunettes aux verres teintés, protégeant ses yeux du soleil. Un chapeau, noir, tout comme sa chemise, rendait cet homme plus mystérieux encore. Il se laissa distraire par l'arrivée des nouveaux voyageurs et leva la tête afin de les observer. Il avait le regard d'un enfant devenu adulte trop vite. Il grommela et se replongea dans la lecture de la page sport. Son équipe favorite avait encore perdu.
***La jeune femme lâcha lentement le bras de son petit ami et, sans dire un mot, lui fit un signe de la tête lui faisant comprendre qu'il était temps qu'il descende, ce qu'il fit. Elle s'assit, contre la fenêtre, et le regarda lui faire signe depuis le quai. Son regard était plein d'une promesse passionnée. Elle l'aurait cru prêt à monter dans le train pour partir avec elle, et elle espérait qu'il ne ferai pas cette bêtise, cet acte totalement irréfléchi. Le contrôleur siffla, et les roues du train contre les rails l'imitèrent. Bientôt, celui-ci avait quitté la gare, et le mystérieux homme du fond du wagon posa son journal pour se diriger vers la jeune femme, qui se leva elle aussi, et lui entoura le cou de ses maigres bras avec plus d'amour que jamais.
- Ca a marché, il croit que je rentre chez mes parents à Paris. J'ai aussi changé de numéro. Il ne nous retrouvera pas.
Quelques instants plus tard, elle ajouta : "Je t'aime".
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Car une chose est certaine, il y a toujours un terminus,
maintenant tu es prévenu, la prochaine fois tu prendras l'bus.
Grand Corps Malade, Les Voyages en train.
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